C’est Marseille, Bébé !

Life vest under seat

Quelque part au milieu de 2014, j’ai décidé de revenir à Marseille, la ville où je suis née, où j’ai grandi et où j’ai fait une partie de mes études.

Quelque part au milieu de 2014, j’ai décidé de revenir à Marseille, 22 ans après l’avoir laissée. Et on ne peut pas dire que ni moi ni Marseille ne nous sommes retrouvées dans l’état où nous nous étions quittées. De mon côté, j’avais fini une école de Commerce, travaillé dans le marketing, monté une boite, démonté quelques whiskies coca dans les boites parisiennes. Et de son côté, ma ville (oui, c’est la mienne) avait bien changé. Si la ferveur du stade était toujours la même, et ce même si tous les matches étaient loin de ressembler à un 26 mai 1993, si le clivage nord-Sud ne s’était pas amenuisé, si Jean-Claude Gaudin, Nanard et Tonton étaient toujours d’actualité à l’époque (RIP tous les trois depuis…), s’agissant des sorties, des loisirs et de la culture, on peut dire que la ville avait subi un sacré changement (en tout cas sur certains points – je vous laisse votre avis sur l’habitat insalubre qui n’a été la priorité d’aucune municipalité depuis M. Defferre). Et j’ai envie de dire, heureusement qu’elle avait changé en 22 ans : nouveaux musées, nouveaux spots, nouvelles plages… Seul le Trolley Bus, et à mon arrivée le Poste à Galenne, résistaient au temps.

Quelque part au milieu de 2014 je suis donc rentrée et, allez savoir pourquoi, je sentais bien que vouloir redescendre à Marseille en ayant passé le début de ma vie d’adulte à Paris s’annoncerait, comment dirais-je… coton ? Pas piqué des vers ? Tarpin compliqué ? Putain qué pas facile ? Oui, voilà, putain qué pas facile. Surtout que mon premier client marseillais (Owe y’avait Roland Garros) m’avait quand même bien fait sentir que j’allais avoir affaire avec une palanquée de pénibles. Et ce n’était pas tant mon intuition (légendaire) ou mes souvenirs liés à l’administration locale qui me faisaient penser ça : c’est surtout que j’ai commencé à goûter au Marseille Bashing avant même de mettre définitivement les pieds ici. Avant même de connaître le terme en fait.

Ca a commencé assez simplement par un : « Mais vous avez Ikea à Marseille ? », lancée par ma meilleure amie, qui avait l’outrecuidance de poser cette question alors qu’elle habitait elle-même une banlieue même pas ravitaillée par les corbeaux. Si c’est pas l’Hôpital Nord qui se fout de la Timone, ça…  Mais oui, on a Ikea. On a même l’électricité depuis l’année dernière dis-donc…

S’en est suivi un « Tu vas à Marseille ? Mais tu emportes un gilet pare-balles ? » Imaginez ma surprise à cette question saugrenue… Emporter un gilet pare-balles. Comme si on ne pouvait pas en acheter ici… Voilà ce que ma future ville donnait matière à penser : un égorgeoir digne des plus belles années de la French Connection où sans jamais avoir été le Juge Michel, on avait quand même intérêt à regarder sous sa voiture, histoire de s’assurer qu’il n’y avait pas de mauvaises surprises dessous… Le tout, raconté par des couillons à la ville qui n’avaient même pas mis ne serait-ce que le début d’une Birk ici (oui, on dit Birk on dit ici, parce que Birkenstock, c’est comme la choucroute Schtoeffler, c’est trop compliqué).

J’ouvre d’ailleurs une parenthèse qui pourrait tenir lieu de tribune : il serait grand temps que les gens (oui les gens…) réalisent qu’à Paris, c’est exactement le même problème qu’ici, au détail près que Saint-Denis, Stains, Garges-Lès-Gonnesses, Franconville, Livry-Gargan, Juvisy et autres banlieues croustillantes sont des villes à part entière et non pas des quartiers intra-muros. Pour des raisons assez subtiles comme la présence de la mer d’un côté et de collines de l’autre, ce que nous appelons banlieue ici sont des quartiers excentrés de Marseille. Et s’appellent donc Marseille.

Fin de la parenthèse.

Mon appartement busi-colombien vendu, mes cartons emballés, je descends, selon l’expression consacrée et m’installe dans les Quartiers Sud, du côté de Sainte-Marguerite. Moi, dans les Quartiers Sud… Moi qui suis née à la Villette, à côté de l’Hôpital Européen (qui n’existait pas à l’époque), et qui suis allée à l’école Edouard Vaillant à côté de Toursky, puis à Saint-Charles, moi qui ai fait de la danse à Saint-Mauront : j’avais dépassé la canebière dis-donc… Comment j’étais, comment je suis devenue…

Un jour vers 15h, alors que je relançais un de mes anciens clients parisiens, avec qui j’avais cessé toute relation pour cause de petite ardoise, voila-t-i pas que je m’entends dire : « Ben alors t’es pas à l’apéro ? ». Oh Kodo, déjà que j’aime pas le fly, espèce de couillon à la ville, arrête de m’emboucaner sinon je vais t’envoyer trois gitans pour choper ta Ferrari et ta Harley de cacou en plein et je me rembourse ma facture, et les trois quarts de tes fournisseurs avec.

Va pas me nifler, lui, non ?

Bon, sinon, on va pas se mentir, niveau sécurité, j’ai pris des derniers métros à Paris en pleine nuit que je ne prendrais pas ici, même un soir de match. Cela dit, ça tombe bien y’en a pas.

On va pas se mentir non plus, c’est pas ici qu’on a les gens les plus transparents : un « tant je viens » à une invitation, se traduit indubitablement par « j’ai clairement autre chose à foutre que venir à ta soirée de merde ».

Mais à côté de ça, j’ai rencontré l’un de mes très bons amis au squash, lorsque je lui ai filé les clefs de mon carrosse pour le déplacer alors que je ne lui avais jamais parlé. C’est Marseille, bébé.

A côté de ça, quand l’autre jour, en rentrant chez moi, en haut d’une sacrée côte de mon quartier des Chutes Lavies (oui, je suis revenue de l’autre côté de la Canebière entre temps), je m’essouffle un peu. Un gamin de 19 ou 20 ans, à qui je n’aurais pas confié mes clefs de bagnole pour le coup, commence à souffler avec moi sur quelques mètres et me quitte par un « bonne fin de journée, Madame ». C’est Marseille, bébé.

A côté de ça, quand j’avais 30 ans, je me suis entendue dire par un petit vieux, alors que j’étais en train de lire  un roman de haute voltige au parc Longchamp : «Vous étudiez, mademoiselle ? ». C’est Marseille, bébé.

A côté de ça, j’ai accompagné un type de ma rue qui cherchait un ventilo jusqu’au supermarché le plus proche et je sais maintenant qu’il arrivait de corse (ce dont on se serait douté dès qu’il a prononcé trois mots) le matin même, qu’il attendait son fils DJ qui revenait de Croatie où il avait été invité pour une semaine. C’est Marseille, bébé.

Alors oui, les gens se garent en quadruple file, voire carrément en plein milieu de la route pour aller faire un bisou à Mamie, mais…  ils aident les vieux à porter leurs courses, les femmes avec poussettes à descendre les escaliers du métro ou escaladent des balcons au 4ème étage pour sauver quelqu’un du feu dans les cités.

Alors oui ils ont tendance à faire les gros durs en bagnole mais ils vous laissent passer à partir du moment où vous leur faites un geste gentil de la main : suffit juste de demander en fait.

Bref, il y a ici une langue à part, mélange de curiosité, d’on s’en bat les couilles et de bienveillance.

Bref, c’est Marseille, bébé.

 

« Nique ta mère sur la Canebière, nique tes morts sur le Vieux-Port ». JUL.

C’est Vars, bébé

Depuis des années, la station de ski Vars, bien connue des Marseillais qui en ont marre de tourner en rond à Pra-Loup, a l’habitude d‘ouvrir la saison en grande pompe début décembre à coup d’animations et autres concerts gratuits.
Depuis des années, Vars ouvre en grande pompe et c’est l’occasion en général de partir en famille ou entre mais pour attaquer la saison de ski du bon pied, ou plutôt, de la bonne spatule.

Travailler, c’est trop dur

Au risque de ma fâcher avec une partie de la population ici, je vais affirmer haut et fort que travailler à Paris et travailler à Marseille, c’est pas pareil. Et j’ai bien conscience d’enfoncer une sacrée porte ouverte en commençant ma chronique de la sorte.
Au risque de me fâcher avec une partie de la population, donc, oui, je le dis : je me demande comment ça se passe dans la tête de certains ici. Vraiment. Jugez plutôt.

Bougez avec la Poste

En revenant habiter à Marseille, ce n’est pas tant avec l’administration en général que j’ai entamé une série de déboires, qu’avec la Poste en particulier. Et je me retiens de dire cette encatanée de ses morts de la Poste. D’abord parce que ce n’est pas mon genre de monter dans les tours rapidement (!). Ensuite… ben je ne sais pas… Parce que franchement, ça mérite.

En voiture, Simone !

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, en 2014, je suis rentrée à Marseille, après 22 ans passés à expliquer aux parisiens qui c’était dégun, pourquoi les tables des cafés péguaient et que non, pour les Rois, ton espèce de personnage en porcelaine de plastique, c’est pas une fève c’est un sujet. Sans succès.

Owe y’avait Roland Garros

J’ai eu mon premier client marseillais avant même de me réinstaller ici, voire de décider de rentrer, mais si on m’avait dit comment ça se passerait, croyez-moi que j’aurais décliné l’offre et pas qu’un peu. Mais, candide que j’étais, ça me faisait plaisir de mettre un peu un pied dans le sud de cette façon.

Nager en paix

Alors que je nageais beaucoup à Paris, lorsque je suis arrivée à Marseille j’ai presque arrêté. Je ne vais pas vous faire un énième couplet sur les coutumes locales en matière de piscine : le comique de répétition, c’est comme l’accordéon, ça va bien cinq minutes. J’ajouterai simplement qu’en 2015, je n’étais pas encore prête psychologiquement à vendre mon dernier rein pour financer une année d’abonnement au Cercle des nageurs. Sans compter qu’à l’époque, je n’avais pas les deux parrains nécessaires au soutien de ma candidature à cette institution que je pensais particulièrement huppée (alors qu’au final…)

Je sais pas, j’ai pris n’importe quoi…

Ca fait maintenant quelques années que je n’achète plus de voiture : je les prends en leasing. Ce qui présente le double avantage de ne plus envisager de réparations (sauf quand je décide de vérifier que le pare-chocs du Range devant moi est vraiment aussi costaud qu’on le dit – et il l’est, je vous le confirme) et de changer de véhicule tous les trois ans.

Voyage en terre inconnue

Il y a quelques années, à cause d’une lentille de contact, je me retrouve avec un double abcès dans l’œil. Œil gauche ou œil droit, je ne sais plus, mais c’était le constat fait par les urgences de nuit de La Timone après une demi-nuit passée à envisager l’auto-énucléage à la cuillère à soupe, tellement j’avais l’impression de me frotter des parpaings dans l’œil (j’avais dépassé le stade de la sensation de sable depuis longtemps).

Non, je collerai pas les affiches…

Jusqu’à la dernière présidentielle, je n’avais jamais fait de politique et clairement, à voir tous ces galimatias entre partis ou organisations ou influenceurs, tout ça me paraissait aussi nébuleux que la fin d’un David Lynch (au hasard Mulholland Drive). Sans compter qu’à part voter centre droit, j’avais du mal à aller techniquement au-delà de la navette parlementaire (qui n’a malheureusement rien à voir avec celle de Saint-Victor).

Saint-Charles, deux minutes d’arrêt.

Le premier été du Covid, en 2020, non seulement j’attrapai le Covid et ça m’avait obligée à rester chez moi 15 jours quand tout le monde redécouvrait le bonheur des bars, des restos et des plages après quatre mois de disette sociale, mais une fois sortie de mon isolement et ma désolation, je tournais vraiment en rond d’un point de vue sportif.

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