C’est Marseille, Bébé !

Owe, y’avait Roland Garros !

J’ai eu mon premier client marseillais avant même de me réinstaller ici. Bien avant, même : c’était un client parisien qui m’avait transmis le lead, comme on dit. Bref, le type avait besoin d’un site web et d’une plaquette. Mon client lui a parlé de moi. Comme on dit sur Tinder, y’a eu match.

J’ai eu mon premier client marseillais avant même de me réinstaller ici, voire de décider de rentrer, mais si on m’avait dit comment ça se passerait, croyez-moi que j’aurais décliné l’offre et pas qu’un peu. Mais, candide que j’étais, ça me faisait plaisir de mettre un peu un pied dans le sud de cette façon.

Proposition commerciale faite, facturation en quatre fois acceptée, me voilà donc à Marseille pour un premier rendez-vous physique, un lundi de juin vers 15h (la date est importante). Quelques recherches rapides sur LinkedIn m’avaient indiqué que ledit client marseillais et moi avions été au même Lycée, en l’occurrence Saint-Charles et à peu près dans les mêmes années : au cas où je ne passais pas pour la régionale de l’étape, j’avais de quoi l’assaisonner avec quelques allusions à des profs communs mythiques. Ceux-là même dont Elie Kakou fait le portrait dans ses sketches, pour la petite histoire – oui, ces profs-là, aussi barrés les uns que les autres ont été les miens.

Le jour J à l’heure H, j’arrive donc à mon rendez-vous, ravie de vivre cette nouvelle expérience : voilà que j’étais à Marseille non pas seulement pour des vacances mais aussi pour travailler. J’étais aussi excitée que Cyril Lignac devant son premier nounours à la guimauve. Mon premier client marseillais ! Il était temps !

Tu parles.

A peine arrivée, sa secrétaire m’annonce qu’il n’est pas encore là. Soit, ça arrive les rendez-vous qui débordent, les bavards qu’on n’arrête plus, les additions qui n’arrivent pas… Au bout de 15mn, pas de nouvelles de mon client marseillais. Allez, c’est peut-être la panique sur la route. Au bout de 30mn, pas mieux. Bon, ok, il est peut-être en panne sur la passerelle de l’A55. Mais bon, pas de nouvelles, ni auprès de la secrétaire, ni un texto « J’arrive bientôt / je suis en route / je vais partir / je suis presque là ». Que dalle. Nibes. C’est pas la bienséance qui l’étouffe. Même sur la passerelle de l’A55.

Bon.

Plus ça va, plus j’ai l’impression d’être un commercial Danone dans la salle d’attente de Carrefour. Ou d’Auchan. Enfin, chez un de ces tarés de la grande distri qui font poireauter exprès leurs fournisseurs pour mieux les essorer ensuite. Sauf que là, il n’y avait pas grand-chose à essorer vu que toutes les conditions avaient déjà été validées.

Soit.

Une heure plus tard, voici que mon gazier se pointe, la gueule sinon enfarinée mais en tout cas bien recalable à un alcootest. Et comme j’ai généralement l’air de mes émotions, il se peut que, au bout d’une heure, ça se voie que j’en ai plein le tafanri, de l’attendre. Alors que je m’attends à un début d’excuses pour les 60 minutes écoulées à une époque où Netflix n’existait pas, je vous le donne en mille sur ce qu’il me sort, ce counas :

  • Owe, y’avait Rolland Garros !

Nous sommes le 11 juin 2012, et hier, la finale hommes a été interrompue pour cause de pluie. Reportée aujourd’hui à 13h.

Pardon, espèce de mastre ? Tu me fais planter une heure sans un texto pour une finale de Rolland Garros ? Mais invite-moi à la voir avec toi, au moins…

Je reprends mes esprits en moins de temps qu’il n’en faut au virage Sud pour lancer un « Aux Armes ». Dans des circonstances normales, j’aurais honoré le rendez-vous poliment et me serais fendue d’un mail le lendemain précisant que notre collaboration s’arrêtait là : quand les relations commerciales démarrent sur des bases aussi friables qu’un immeuble de la Rue d’Aubagne il est quand même assez rare que par la suite ça ressemble à l’InterContinental.

Mais voilà, ce client marseillais, on me l’a amené et je ne peux pas me permettre de le renvoyer au vestiaire avec son carton rouge.

Je fais donc connaissance en vrai avec celui que je n’ai pas encore traité de pébronnasse mais qui me raconte par le menu comment le business est compliqué, comment il a embauché un commercial, un parisien qui s’est donné des airs, et que de toutes façons ici, tu comprends, soit tu files des enveloppes soit t’es franc-maçon, sinon ça marche pas. Mais dis-moi, est-ce que, au final, tu serais pas juste bidon, en fait ? Parce que chez moi, ça, ça ressemble quand même bien à des excuses.

Bon. Je rentre dans ma capitale et commence à travailler sur son dossier : écriture des contenus, créa de la plaquette, mise en place du site… que je lui présente quelques jours plus tard par téléphone. C’est là que le drame commence. Ou plutôt que la relation prend la mauvaise direction que je pressentais. Les réponses à mes mails et les validations se font autant attendre qu’une reprise des négociations à FO, que la fin du Mistral ou que le Motchus du lendemain… En revanche, et c’est bien ce qui est fort de café, lorsque je l’appelle pour le relancer, ce sont des conversations de deux heures auxquelles j’ai droit.

Comme ça faisait un moment que je n’avais pas entendu les voix du fond, voici qu’elles s’élèvent, remontées comme des parisiens qui se sont fait éliminer contre Saint-Etienne : « Non mais là, tu exagères… Ca y est, depuis que tu es à Marseille, tu racontes n’importe quoi ». Alors écoutez-moi, bande de bazarettes que vous êtes. Non, contrairement à mon client, je n’exagère pas, moi. 10mn sur le sujet qui nous incombe et 1h50 de palabres sur tout et n’importe quoi (qui nous décombre). Exagérer, c’est même plus le mot, en fait. Mais tu m’étonnes, espèce de bordille, que tu n’as le temps de rien… Tu m’étonnes que c’est compliqué le business quand on raconte sa vie commac : Trois coup de fil et basta la journée. Deux, les jours de Rolland Garros.

Pour autant, les choses avancent un peu, surtout parce que je me passe de ses retours. Les factures sont étonnamment payées. Mais en novembre, ce n’est toujours pas terminé et comme disait mon grand-père : gonflati. 

En décembre, j’essaie de conclure mais les tentatives restent vaines. En janvier, je propose, à l’occasion d’une descente dans le coin, de passer finaliser les choses et enfin terminer cette mission de l’enfer.

Qu’est-ce que j’ai pas dit là… Ca l’a réveillé, mon jobastre, et je me reçois un mail de deux pages qui me déglingue du début à la fin, de la mocheté du site au tarif exorbitant de la prestation (« Owe écoute-moi, ça fait 20 ans que je suis dans l’informatchique, je connais un peu le prix d’un site web »), en passant par la pauvreté de la créa et des contenus.

Alors qu’à chaque paragraphe je sens se multiplier les « mange tes morts » intérieurs au fur et à mesure que les remontrances pleuvent, j’attends quand même le lendemain pour lui réserver un chien de ma chienne et démonter son argumentaire point par point avec un langage un peu plus châtié. A commencer par le fait que s’il s’était donné la même peine à me répondre qu’à me pondre son ramassis de galéjades, on n’en serait pas là.

Vous l’aurez compris, cet échange épistolaire de haut vol (on en revient à Rolland Garros) marque la fin de notre relation. De la mission aussi. Ce couillon de la ville a donc payé 3 factures sur 4 pour au final ne rien avoir. Mais rien du tout.

Stupide. Ou Sot.

 

« Le stupide est un sot qui ne parle point, en cela plus supportable que le sot qui parle. »

La Bruyère.

 

 

 

 

 

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Non, je collerai pas les affiches…

Jusqu’à la dernière présidentielle, je n’avais jamais fait de politique et clairement, à voir tous ces galimatias entre partis ou organisations ou influenceurs, tout ça me paraissait aussi nébuleux que la fin d’un David Lynch (au hasard Mulholland Drive). Sans compter qu’à part voter centre droit, j’avais du mal à aller techniquement au-delà de la navette parlementaire (qui n’a malheureusement rien à voir avec celle de Saint-Victor).

Saint-Charles, deux minutes d’arrêt.

Le premier été du Covid, en 2020, non seulement j’attrapai le Covid et ça m’avait obligée à rester chez moi 15 jours quand tout le monde redécouvrait le bonheur des bars, des restos et des plages après quatre mois de disette sociale, mais une fois sortie de mon isolement et ma désolation, je tournais vraiment en rond d’un point de vue sportif.

Souviens-toi l’été dernier

Quand j’ai déménagé à Marseille, je m’étais dit : ma petite chérie, tu vas d’abord regarder comment ça se passe avant d’acheter. Et acheter à Marseille quand on vient de vendre dans une banlieue chicos du 92, même avec un prêt à rembourser, ça fait de vous quelque chose à mi-chemin entre le l’héritier Mittal, la veuve Gates quand Bill sera mort et le Roi du Pétrole. Surtout à une époque où l’immobilier n’est pas à son apogée. Surtout à un moment où les banques sont à deux doigts de te payer tellement les taux d’intérêt sont bas.

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Le bisou à Mamie

Je suis rentrée à Marseille et j’avais oublié son fonctionnement, ou plutôt, son dysfonctionnement, sans compter qu’en 22 ans, les quartiers, les habitudes et les contextes avaient changé : pendant 20 ans, je n’y suis venue que deux fois par an pour y voir ma famille et vue l’ambiance, c’était bien suffisant.

Voyage en caravelle

Je me suis repris un abonnement au Cercle et tant pis si ça me coûte mon deuxième rein (m’étant séparée à l’amiable du premier en 1979 pour cause de dysfonctionnement chronique), mais je ne pouvais pas passer un deuxième été de Covid à arpenter les lattes de mon parquet au motif que 1/ il faisait trop chaud pour la terrasse 2/ les marseillais étant tous en vacances, je n’avais personne pour m’accompagner à la plage 3/ il n’était pas envisageable d’y aller seule puisque se baigner revenait à faire une croix sur ses affaires jusqu’à son élastique pour les cheveux et 4/ la tournée des piscines privées impliquait la présence de leurs propriétaires respectifs et je vous demanderais donc de suivre puisque j’ai déjà dit au point numéro deux que les marseillais étaient déjà tous en vacances.

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