C’est Marseille, Bébé !

Souviens-toi l’été dernier…

Avant de déménager à Marseille, je m’étais dit : ma petite chérie, tu vas d’abord regarder comment ça se passe professionnellement et personnellement avant de tout révolutionner et t’engager dans une histoire dont il serait aussi difficile de sortir que d’un abonnement France Loisir dans les années 80. Donc, avant d’investir dans un appartement, tu vas louer. Parce que Marseille en 2014, ce n’est certainement plus Marseille dans les années 90.

Quand j’ai déménagé à Marseille, j’ai donc loué un appart très sympa du côté de Sainte-Marguerite, dans les Quartiers Sud, moi qui étais née dans le IIIème arrondissement, quartier le plus pauvre d’Europe, moi qui étais allée à l’école Communale à Edouard Vaillant, vers St Mauron, à côté du théâtre Toursky, moi qui n’avais jamais traversé la Canebière que pour aller jouer au bowling du Prado, m’enquiller un oursin dans le pied dans les plages éponymes ou boire un coup à l’Escale Borély.

Quand j’ai déménagé à Marseille, je me suis assez vite rendu compte que professionnellement, ça ne changeait pas grand-chose puisque je gardais mes clients parisiens que j’allais voir tous les mois. D’un point de vue personnel, je me suis vite retrouvée à chercher des réunions aux alcooliques anonymes tout en m’intéressant aux différentes options en matière de greffe de foie : les soirées commençaient le jeudi aux Terrasses du Port et finissaient le dimanche soir sur la plage. Niveau appart, j’ai donc changé de braquet et me suis intéressée au marché de la vente.

Alors acheter à Marseille quand on vient de vendre dans une banlieue chicos du 92, même avec un prêt à rembourser, ça fait de vous quelque chose à mi-chemin entre le l’héritier Mittal, la veuve Gates quand Bill sera mort et le Roi du Pétrole. Surtout à une époque où l’immobilier n’est pas à son apogée. Surtout à un moment où les banques sont à deux doigts de te payer tellement les taux d’intérêt sont bas.

Me voilà donc en quête de minimum 80 m2 et trois ou quatre pièces avec une cuisine américaine, une terrasse, une vue (sur n’importe quoi mais pas l’immeuble d’en face ni la cour intérieure) et d’un parking : ça fait 18 ans que je passe entre 20 et 40 minutes à me garer le soir, la blague prend fin, et de suite. Le tout, dans un coin où il n’était pas nécessaire de d’enfiler son gilet pare-balle ni prendre sa kalach pour aller acheter le pain, si possible. Et là, j’entends encore crier les gars du fond (j’en peux plus de vous les gars, là) : « Oui, mais 80m2 pour toi toute seule, pourquoi tu fais ça ? » Eh bien exactement pour les mêmes raisons qu’un chien se lèche les couilles : parce que c’est possible. Sujet suivant.

Je commence donc à regarder les annonces et mets aussi mon dossier dans les mains d’un copain fraîchement rencontré lors d’une beuverie au Carmine, du temps où c’était encore la mode d’aller boire des coups de ce côté du Vieux Port. Ledit ami me confie aux bons soins d’un certain Valentin, petit jeune fort sympathique mais qui gagnerait en commissions s’il gagnait aussi un peu en filouterie.

Cette fois-ci, Valentin me fait visiter une maison, non loin de chez moi, dans un quartier un peu bouclé. Alors un quartier un peu bouclé à Marseille, c’est ni plus ni moins qu’un ensemble de rues que le CIQ a décidé d’interdire à la circulation en collant des portails et des codes. Autant vous dire qu’on doit frôler les limites de la légalité, mais, comme on dit ici : « C’est Marseille, bébé ».

Le Jour J, je pars avec une de mes amies venue passer le week-end à la maison. Et je m’imagine déjà sur ma future terrasse en train de siroter un verre de rosé (oui, je sais, c’est pas du vrai vin, mais imaginons-nous en été), en attendant le livreur de pizze (car ici, on dit pizze, pas pizzas).

Je ne suis pas encore arrivée à la maison que la déconvenue commence : alors que je nous crois dans ce fameux concept de rues semi-bouclées, celle de la maison ne l’est pas, rendant la bâtisse accessible à tous les chiapacans désireux de me piquer mon poste de télévision Akafunken ou ma collec de VHS. Je dois donc faire le tour du quartier au doux son des travaux pharaoniques du canal de l’Huveaune et de son bassin de rétention. Et je me permets de vous demander de retenir la remarque suivante que j’ai formulée à mon amie :

– « Si on entend autant le bruit des travaux, ça va pas le faire».

Arrivée à bon port, Valentin m’accueille, affublé d’un collègue, aussi filou que Valentin ne l’était pas.

Nous attaquons la visite du bâtiment principal : non qu’on m’ait emmenée visiter un château, mais trois bâtisses composent la maison. Et ça commence. Car vous imaginez bien que ça va commencer. Sinon, je ne vois pas l’intérêt de faire une chronique.

En moins de temps qu’il n’en faut à un Roumain pour te faire les vitres à un feu rouge (encore que le concept ait disparu, non ?), je m’aperçois que les lattes du parquet vont au-delà du grincement : à chaque pas, je m’attends à en faire basculer une du pied et me prendre l’autre extrémité dans la gueule. Les murs sont à l’image du parquet : la dernière fois qu’ils ont dû voir ce qui peut ressembler à de l’enduit, ce devait être sous Defferre. De la peinture, sous Vigouroux. La pièce en elle-même pourrait être sympa puisqu’elle relève de la cuisine américaine et d’un salon attenant, au détail près qu’après avoir fait péter tous les murs, les propriétaires se sont rendu compte que pour garder un toit, il fallait aussi garder deux ou trois piliers (le concept de la clé de voûte n’ayant visiblement pas été prévu), ce qui rendait un aménagement opérationnel, à défaut de normal, inenvisageable. J’ai attendu le moment où Heckkle ou Jeckkle allaient m’annoncer que c’était un peu atypique. Je suis presque restée sur ma faim.

En prenant l’escalier pour monter à l’étage, j’ai l’impression que la rampe va me rester dans la main. Enfin, la rampe : peut-on considérer un tasseau de 12, fixé à chaque extrémité par un demi-clou comme une rampe ? Je n’ai pas fait l’école Boule et ne suis pas archi DPLG, mais je ne suis pas sûre. Dans la chambre, la tête de lit est d’inspiration Louis XV. Ou XVI. Ou Wish, je ne sais pas encore. Mais ce n’est pas très grave : je n’achète heureusement pas la déco. D’ailleurs, pour l’instant, c’est bien simple, je n’achète rien du tout.

En voyant les fils électriques pendre ça et là, mon amie, jusqu’ici muette (de stupeur sans doute), accessoirement responsable réception de travaux immeubles neufs chez un gros promoteur immobilier, n’y tient plus : « Et l’électricité, ça se passe comment ? ». Comme j’imaginais le BBQ plutôt sur la terrasse qu’en direct dans la maison, je sors avant de griller comme une merguez.

Je n’ai pas le temps de me dire que ça va de Charybde en Scylla que l’un des Tic et Tac m’annonce fièrement en sortant du taudis principal : « Sinon, ce qui est bien ici, c’est le calme ». J’ai failli lui faire répéter sa phrase à cause des marteaux-piqueurs, mais me suis contentée de lui demander par-dessus mes lunettes de soleil si c’était une blague. Maintenant que j’y pense, le regard aurait suffi.

La deuxième partie de la visite consiste en un studio en cours de création avec une salle de bains en guise d’entrée. Pourquoi pas, on n’en est plus là, mais le studio est un bon point. Et vous l’aurez compris, dans la case de « plus », pour l’instant, c’est le premier. Nous traversons une sorte de cour :  la fameuse terrasse. Qui tient davantage du terre-plein central et de la cave à ciel ouvert que du patio de Riad marocain. Pas gagné, le verre de rosé en attendant la pizze.

Enfin, le bouquet final : dans une troisième partie de visite se trouve un autre bâtiment. Ou plutôt, une cave : une espèce de cafoutche assez grand, mais sordide, humide, à l’électricité aussi hasardeuse que le reste de la maison, en fait, et dans lequel se trouve la chaudière, quelque part au fond. Ici, c’est carrément Amityville. La colline a des yeux. Souviens-toi l’été dernier. Ou pour une référence plus récente : The haunting of the hill house. Le sol est en terre battue comme dans les plus belles caves des immeubles 1930 parisiens. Je n’y mets même pas les pieds : j’ai trop peur de tomber sur cadavre de chien, d’enfant décongelé ou « Ca », caché derrière la multitude de tableaux.  Et quand je dis tableaux….

Les propriétaires sont artistes, me confie Valentin.

Non, les propriétaires aimeraient être artistes.

Les festivités touchant à leur fin, je fais rapidement mes calculs du prix de la maison (250 k€ de mémoire), du rabais demandé (un bon 50k€), des travaux à faire (allez, au bas mot 50 k€) : tout raser me paraît plus simple. Et, évidemment, je ne fais pas d’offre : je ne connais pas d’exorciste.

Depuis, j’ai trouvé mon bonheur aux Chutes Lavie, derrière le Palais Longchamp. Ce n’est pas un duplex à Périer, mais c’est sympa quand même.

« Tout vient à point qui sait attendre »

C’est Vars, bébé

Depuis des années, la station de ski Vars, bien connue des Marseillais qui en ont marre de tourner en rond à Pra-Loup, a l’habitude d‘ouvrir la saison en grande pompe début décembre à coup d’animations et autres concerts gratuits.
Depuis des années, Vars ouvre en grande pompe et c’est l’occasion en général de partir en famille ou entre mais pour attaquer la saison de ski du bon pied, ou plutôt, de la bonne spatule.

Travailler, c’est trop dur

Au risque de ma fâcher avec une partie de la population ici, je vais affirmer haut et fort que travailler à Paris et travailler à Marseille, c’est pas pareil. Et j’ai bien conscience d’enfoncer une sacrée porte ouverte en commençant ma chronique de la sorte.
Au risque de me fâcher avec une partie de la population, donc, oui, je le dis : je me demande comment ça se passe dans la tête de certains ici. Vraiment. Jugez plutôt.

Bougez avec la Poste

En revenant habiter à Marseille, ce n’est pas tant avec l’administration en général que j’ai entamé une série de déboires, qu’avec la Poste en particulier. Et je me retiens de dire cette encatanée de ses morts de la Poste. D’abord parce que ce n’est pas mon genre de monter dans les tours rapidement (!). Ensuite… ben je ne sais pas… Parce que franchement, ça mérite.

Life vest under seat

Quelque part au milieu de 2014 je suis rentrée à Marseille et, allez savoir pourquoi, je sentais bien que vouloir redescendre à Marseille en ayant passé le début de ma vie d’adulte à Paris s’annoncerait, comment dirais-je… coton ? Pas piqué des vers ? Tarpin compliqué ? Putain qué pas facile ? Oui, voilà, putain qué pas facile.

En voiture, Simone !

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, en 2014, je suis rentrée à Marseille, après 22 ans passés à expliquer aux parisiens qui c’était dégun, pourquoi les tables des cafés péguaient et que non, pour les Rois, ton espèce de personnage en porcelaine de plastique, c’est pas une fève c’est un sujet. Sans succès.

Owe y’avait Roland Garros

J’ai eu mon premier client marseillais avant même de me réinstaller ici, voire de décider de rentrer, mais si on m’avait dit comment ça se passerait, croyez-moi que j’aurais décliné l’offre et pas qu’un peu. Mais, candide que j’étais, ça me faisait plaisir de mettre un peu un pied dans le sud de cette façon.

Nager en paix

Alors que je nageais beaucoup à Paris, lorsque je suis arrivée à Marseille j’ai presque arrêté. Je ne vais pas vous faire un énième couplet sur les coutumes locales en matière de piscine : le comique de répétition, c’est comme l’accordéon, ça va bien cinq minutes. J’ajouterai simplement qu’en 2015, je n’étais pas encore prête psychologiquement à vendre mon dernier rein pour financer une année d’abonnement au Cercle des nageurs. Sans compter qu’à l’époque, je n’avais pas les deux parrains nécessaires au soutien de ma candidature à cette institution que je pensais particulièrement huppée (alors qu’au final…)

Je sais pas, j’ai pris n’importe quoi…

Ca fait maintenant quelques années que je n’achète plus de voiture : je les prends en leasing. Ce qui présente le double avantage de ne plus envisager de réparations (sauf quand je décide de vérifier que le pare-chocs du Range devant moi est vraiment aussi costaud qu’on le dit – et il l’est, je vous le confirme) et de changer de véhicule tous les trois ans.

Voyage en terre inconnue

Il y a quelques années, à cause d’une lentille de contact, je me retrouve avec un double abcès dans l’œil. Œil gauche ou œil droit, je ne sais plus, mais c’était le constat fait par les urgences de nuit de La Timone après une demi-nuit passée à envisager l’auto-énucléage à la cuillère à soupe, tellement j’avais l’impression de me frotter des parpaings dans l’œil (j’avais dépassé le stade de la sensation de sable depuis longtemps).

Non, je collerai pas les affiches…

Jusqu’à la dernière présidentielle, je n’avais jamais fait de politique et clairement, à voir tous ces galimatias entre partis ou organisations ou influenceurs, tout ça me paraissait aussi nébuleux que la fin d’un David Lynch (au hasard Mulholland Drive). Sans compter qu’à part voter centre droit, j’avais du mal à aller techniquement au-delà de la navette parlementaire (qui n’a malheureusement rien à voir avec celle de Saint-Victor).

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