C’est Marseille, Bébé !

Travailler, c’est trop dur…

Au risque de ma fâcher avec une partie de la population ici, je vais affirmer haut et fort que travailler à Paris et travailler à Marseille, c’est pas pareil. Et j’ai bien conscience d’enfoncer une sacrée porte ouverte en commençant ma chronique de la sorte.

Au risque de me fâcher avec une partie de la population, donc, oui, je le dis : je me demande comment ça se passe dans la tête de certains ici. Vraiment. Jugez plutôt.

Ch. 1 – Fascination

Je vous ai déjà parlé de mon client marseillais qui s’était pointé une heure en retard à notre premier rendez-vous au prétexte que « Owe, y’avait Roland Garros ! ». Tant d’aplomb m’avaient déjà fascinée.

Ch2  – Tentation

Mais ça, c’était avant d’arriver ici.

Il se trouve que je travaille dans la communication et, même si j’ai l’habitude de tout faire toute seule, du site web à la plaquette en passant par la stratégie marketing ou les contenus réseaux sociaux (vous noterez la subtilité de l’autopromo), il y a une chose que je n’ai pas encore envisagé d’internaliser, c’est l’impression. L’impression en masse, j’entends, hein, pas le fait d’imprimer le courrier pour les impôts : j’ai quand même investi dans une imprimante, comme tout le monde… dans plusieurs, même. Donc non, je ne vais pas internaliser l’impression. D’abord parce que, même s’ils sont compréhensifs, mes voisins n’apprécieraient que moyennement l’installation de rotatives dans une des chambres. D’autant que le risque de traverser le plancher étant certain, pas sûre que ce soit du goût de la famille d’en-dessous. Ensuite, eh bien, au même titre que je ne fais pas de pain pour le revendre, que je ne lèche pas les espadrilles des journalistes pour faire des relations publiques et que je n’organise jamais d’événements avec les gens de la nuit, pour l’impression ce sera non. A chacun son métier.

A Paris, j’avais mes petites habitudes et j’étais ravie de mon imprimeur-conseil que je ramenais de société en société, y-compris la mienne. Mais faire traverser la France à des impressions alors que j’attaquais ma crise écolo et montais une boite de consulting dédiée au développement durable, c’était à peu près aussi pertinent que porter un maillot du QSG en plein Virage Sud, étage Winners. Alors j’entends déjà les types du fond qui s’agitent… Tiens, d’ailleurs, ça faisait longtemps qu’ils avaient pas trouvé à marronner, ceux-là. Donc je les entends, les pénibles, là, me dire qu’imprimer c’est pas écolo du tout et que je fais vraiment n’importe quoi. Alors, ceux-là, dans un premier temps, je les renvoie à toutes les affiches et tracts EELV et Nupes réunis. Et de deux, je leur réponds (parce que je suis brave, quand même) qu’il reste des supports qu’il est compliqué de digitaliser à 100% selon les milieux (plaquettes ou cartes ou présentations de projets…).

Jai donc dû chercher un imprimeur compétent et qui ne me facture pas le paquet de 500 plaquettes au prix du kilo de safran au Monoprix du Prado. Ou du pot de moutarde en ce moment.

J’ai d’abord fait appel à celui recommandé par un ancien camarade de classe et à qui j’ai demandé d’imprimer des cartes de vœux, avec pour consigne un grammage précis et surtout, des cartes livrées pliées. A priori, on n’est pas dans la demande exotique pour ce type de sujet. Las. Quelle ne fut pas ma surprise d’aller récupérer sur le parking du Pathé Plan de Campagne (déjà…) un carton de torches-balles dont même Pizza-Speedy-Rapido n’aurait pas voulu comme flyer. Et comme le counas ne lâche rien quant à la qualité de son travail, je lui demande une réimpression à mes frais sur au moins trois fois plus épais.

Et de recevoir un carton de cartes avec des traces d’encre infâmes et, surtout, non pas pliées mais seulement rainurées. Et encore mal rainurées : en les pliant, certaines cartes affichent des débordements qui auraient fait rêver des paquets de rugbymen (oui j’aime aussi le rugby). Et lorsque je lui fais l’inventaire de ses manquements, je l’entends pas me répondre, cet estron de cabèches : « Pour moi, globalement, le travail, il est fait ». Ah ben moi, globalement, je vais te payer alors, hein.

 

Ch. 3 – Hésitation

Vous conviendrez qu’après de telles déconvenues, j’étais moyennement motivée pour faire confiance à qui que ce soit ici… A deux doigts de céder aux sirènes de l’impression en ligne – pourtant contraires à mes convictions écolos, je cherche donc une chaude recommandation, cette fois auprès de mon réseau professionnel local. On m’envoie donc Rue Sainte à Marseille (je vous laisse chercher les imprimeurs Rue Sainte, y’en a pas un moulon). Tout se passe bien au niveau du devis jusqu’à ce que je lise, au fond d’un mail : « Merci de nous faire le virement à la commande ». S’en suit un dialogue surréaliste où je lui fais comprendre que je suis bien évidemment d’accord pour verser un acompte mais pas pour la totalité. Et Pébron 1er  de me répondre : « Nous n’avons jamais travaillé ensemble, c’est ainsi ». Mais justement, vieux, nous n’avons jamais travaillé ensemble, et si tu me livres du travail d’…, du travail de… , enfin un truc pourri, j’ai plus qu’à faire du feu avec pour la Noël. Et j’ai pas de cheminée. Vous sentez l’engambi qui arrive ? Alors que j’allais lui dire de laisser tomber, il se rappelle (ou fait mine de), ce mastre, que nous avons été mis en relation par un contact commun et il se radoucit. La prestation se fait. C’est hyper pro, dans des délais nickels et au prix que ça devrait coûter. Parti comme c’était parti, ça relève presque du miracle.

Las…

Ch 4 – Révélation 1

Quelques mois plus tard, je reçois une demande de devis complète qui va de la carte de visite au site web en passant par des flyers, plaquettes et autres rédactions de contenus. J’enlève les slides powerpoint qui ne concernent pas l’impression et j’envoie à mon gazier de la Rue Sainte.

Vous êtes assis ? Bien calés ? Attendez, si vous êtes en voiture garez-vous sur la voie de bus ou la piste cyclable, comme tout le monde. Non parce que la réponse vaut son pesant de panisses. La voici :

  • Pouvez-vous copier le fichier dans le corps de votre mail: j’optimise mon temps.

Je crois que j’en ai gardé le screen shot pour une publication Facebook.

Non mais « j’optimise mon temps »… Et moi ? J’enfile des perles ? Je fais de la pâte à chichi pour Magali à l’Estaque ? Je suis cantonnière à la Ville ? Eboueuse à la Métropole ? Docker ? Je crois que je ne lui ai même pas répondu.

 

Ch 5 – Révélation 2

Entre temps, j’ai trouvé, sur les conseils d’un autre contact, un imprimeur qui travaille au moins comme moi je travaille. Alors je ne sais pas si c’est bien ou si c’est mal, si c’est mieux ou si c’est moins bien qu’à Paris, mais au moins, on parle la même langue.

 

Et là, j’entends encor e les mecs du fond dont je me demandais s’ils avaient pas fini par s’endormir sur Plus Belle la Vie : « Non, mais tu vas arrêter de nous emboucaner avec Paris, là. Retourne-zy supporter le QSG et arrête de nous nifler un peu… »

Et bien, vous savez quoi ? Comme dirait Bengous : « s’faire encadrer, le PSG. »

Souviens-toi l’été dernier

Quand j’ai déménagé à Marseille, je m’étais dit : ma petite chérie, tu vas d’abord regarder comment ça se passe avant d’acheter. Et acheter à Marseille quand on vient de vendre dans une banlieue chicos du 92, même avec un prêt à rembourser, ça fait de vous quelque chose à mi-chemin entre le l’héritier Mittal, la veuve Gates quand Bill sera mort et le Roi du Pétrole. Surtout à une époque où l’immobilier n’est pas à son apogée. Surtout à un moment où les banques sont à deux doigts de te payer tellement les taux d’intérêt sont bas.

Le rond-point de la bitte

Ca ne faisait pas très longtemps que j’étais là et mes amis Nico et Romain avaient justement invité une ribambelle d’entre nous dans leur maison presque finie de Ceyreste, sur les hauteurs de La Ciotat, quelque part au beau milieu des pins et de l’après-midi.

C’est ainsi que nous décidons avec mon amie Carine d’aller déjeuner sur le port de La Ciotat avant de rejoindre les garçons pour y retrouver notre autre ami Guillaume, qui, lui devait nous rejoindre à moto d’Aubagne. Alors, ces détails logistiques peuvent vous sembler aussi utiles qu’un Marc Lévy dans la bibliothèque d’Etienne Klein (en livre ou en live), mais, croyez-moi, ils ont leur importance.

Le bisou à Mamie

Je suis rentrée à Marseille et j’avais oublié son fonctionnement, ou plutôt, son dysfonctionnement, sans compter qu’en 22 ans, les quartiers, les habitudes et les contextes avaient changé : pendant 20 ans, je n’y suis venue que deux fois par an pour y voir ma famille et vue l’ambiance, c’était bien suffisant.

Voyage en caravelle

Je me suis repris un abonnement au Cercle et tant pis si ça me coûte mon deuxième rein (m’étant séparée à l’amiable du premier en 1979 pour cause de dysfonctionnement chronique), mais je ne pouvais pas passer un deuxième été de Covid à arpenter les lattes de mon parquet au motif que 1/ il faisait trop chaud pour la terrasse 2/ les marseillais étant tous en vacances, je n’avais personne pour m’accompagner à la plage 3/ il n’était pas envisageable d’y aller seule puisque se baigner revenait à faire une croix sur ses affaires jusqu’à son élastique pour les cheveux et 4/ la tournée des piscines privées impliquait la présence de leurs propriétaires respectifs et je vous demanderais donc de suivre puisque j’ai déjà dit au point numéro deux que les marseillais étaient déjà tous en vacances.

Charger la mule

Un jour je suis devenue écolo, mais écolo modérée, hein : si j’étais convaincue qu’il fallait agir, je ne forçais personne à échanger son baril d’Ariel contre deux pains de savon de Marseille. Donc j’ai agi et ai changé pas mal de mes habitudes, à commencer par rouler en hybride, parce que tu comprends, opter pour un véhicule électrique à Marseille, au vu du peu de bornes de recharge à disposition en ville ou dans les parkings publics, c’est plus risqué que se balader en string ailleurs que dans le Marais vers 2h du matin. Surtout si t’es un homme.

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